
DÉMÉTER
07/02/2022
Bonjour à tous.tes !
Après Aphrodite, je trouvais important d'écrire un article sur la déesse Déméter, avec laquelle je chemine également notamment lors du tirage qui lui est consacré. C'est une déesse que je trouve souvent mal connue et laissée au second plan par rapport à d'autres divinités et notamment sa fille Perséphone, pourtant elle est une déesse ancienne et primordiale pour le quotidien des Grecs de l'Antiquité.
Déméter dans la mythologie et le monde Grec
Officiellement dans la mythologie grecque, Déméter est la fille de Chronos et Rhéa, sœur de Zeus, Hadès, Poséidon, Hestia & Héra.
Sa présence parmi les douze dieux olympiens a varié en fonction des époques, des fois absente ou présente dans cette liste au même titre que d'autres dieux tel Dionysos ou Hestia.
Pour les grecs elle est la déesse de l'agriculture, des blés et des moissons, elle est d'ailleurs celle qui aurait enseigné l'art de l'agriculture aux humains.
Son équivalent romain est Cérès.
Néanmoins on sait que ses attributions et sa place dans le monde Grec dépassent largement la vision mythologique, autant en ancienneté qu'en attribution, puisqu'elle serait une déesse présente déjà chez les Pelsages, peuple présent en Grèce avant l'arrivée des helléniques.
Son culte est ancien et était répandu partout en Grèce, l'exemple le plus connu de ce dernier sont Les mystères d'Eleusis célébrés en Attique autour d'elle et de sa fille Perséphone, mystères dont on ignore encore aujourd'hui le contenu puisque réservé aux initiés, néanmoins on sait qu'ils tournaient autour des notions de vie et de mort, d'alternance des cycles et de renaissance.
Déméter fait partie des divinités Chtoniennes avec sa fille Perséphone et son époux Hadès. Ces divinités ont un lien profond à la terre et donc à ses profondeurs et au monde des morts. Un aspect souvent occulté chez la déesse Déméter, qui est pourtant une déesse profondément terrienne, Déméter est avant tout la mère et déesse mère, la déesse productrice de la végétation, protectrice de l'agriculture, des sociétés, mais aussi une déesse du mariage et des morts.
Son mythe le plus connu, l'enlèvement de Perséphone (appelée aussi Corée) est d'ailleurs une représentation de son caractère Chtonien. Le Rapt de Perséphone -fille de Déméter et Zeus- par le dieu Hadès provoque la tristesse, la colère et la furie de la déesse Mère, abandonnant toutes ses prérogatives pour la chercher de part le monde et tenter retrouver sa fille. Des recherches finissant par la conduire auprès de son frère Hadès, pleine de colère et de chagrin Déméter demande à Zeus, roi des olympiens d'intervenir afin que sa fille lui soit rendue, mais lors de son séjour aux enfers, Hadès a piégé Perséphone pour qu'elle mange des graines de grenade, la rendant par ce fait prisonnière des lieux, puisque toute nourriture qui est mangée aux enfers empêche de pouvoir le quitter. Perséphone était de ce fait devenue reine des enfers ne pouvant quitter son époux, un fait refusé par la déesse dont on a enlevé la fille. Alors la douce et maternelle Déméter décide de ne plus régler les domaines lui étant attribués jusqu'à ce qu'elle lui soit rendue, laissant la terre et la végétation mourir, privant les humains de récoltes et de céréales, de nourriture et de moissons pendant des mois en se laissant complétement aller à son chagrin et deuil. Une catastrophe d'une ampleur telle sur le monde terrestre qu'elle entraîne finalement l'intervention de Zeus. Un accord fut trouvé, Perséphone passerait 3/6 mois (cela dépend des versions) sur terre aux cotés de sa mère, et le reste sous terre auprès de son époux Hadès, en tant que souveraine des enfers. De cet accord nait dans le mythe le cycle des saisons, un cycle de vie et de mort correspondant à la présence et l'absence de la fille auprès de sa mère, le chagrin et la peine de Déméter l'envahissant quand Perséphone repart aux enfers, laissant alors la végétation et les cultures décliner puis mourir jusqu'à son retour au printemps.
Dans les mystères d'Eleusis les deux déesses son célébrées comme les deux faces complémentaires d'une même pièce, en lien avec les saisons, la vie, la mort et la renaissance.
Même si les mythes la concernant sont moins fournis que ceux d'autres divinités, Déméter était pourtant très probablement l'une des déesses les plus célébrées et dont le culte se trouvait partout en Grèce, allant même jusqu'en Sicile, puisqu'elle était celle permettant la survie de tous par son lien à la terre et aux récoltes, la garante de l'ordre social et de la survie du plus grand nombre. Une déesse ancienne et profondément liée à la terre et à sa vie.
Symboles et attributs
Ses symboles sont la plupart des céréales et des fruits, à l'exception de la grenade qui était toujours écartée des offrandes, puisqu'elles étaient la cause de l'impossibilité du retour de Perséphone.
La faucille, la gerbe de blé et la végétation de façon générale lui sont attribuées. Le narcisse également, puisque la fleure funèbre étant utilisée pour fabriquer des couronnes de fleurs en hommage à Déméter et Perséphone.
Pour ce qui est des animaux, on lui attribue le bœuf, la grue, puisque cette dernière suit le rythme des saisons et des moissons, le coq, la chèvre et le porc qu'on lui sacrifie notamment en symbole de purification.
Mais l'animal qui est lui associé par excellence et notamment dans les plus anciennes représentations de la déesse est le serpent, animal chtonien par excellence, en lien avec les profondeurs, sur les vases et bas reliefs on retrouvent souvent un serpent auprès de la déesse, des serpents étaient d'ailleurs présents et nourris dans certains de ses temples et dans la mythologie son char est tiré par un serpent géant.
Personnellement pour ce qui est des couleurs et bougies je lui attribue le noir, le marron et le vert principalement, dans la même veine les pierres comme l'obsidienne, l'onyx, l'agate mousse et l'ambre lui correspondent à mon sens particulièrement bien pour couvrir la multiplicité de ses aspects et attributions en fonction du rythme des saisons.
Vision de Déméter et expérience personnelle
Pour être complétement honnête avec vous, même en étant un passionné de mythologie depuis gamin, Déméter a toujours été une déesse passant relativement inaperçue pour moi, je ne m'étais jamais réellement penché sur ses mythes et sur ce qu'elle était, elle ne m'attirait pas spécialement et je n'avais aucun intérêt particulier pour elle, jusqu'à même pouvoir oublier son existence...
Son arrivée fut d'autant plus impromptue et en même temps d'une évidence presque flippante. C'est sous sa face "sombre" qu'elle s'est présentée et que je l'ai ressentie de manière incontestable à l'automne 2020 suite au décès d'une femme que j’estimais énormément et avec laquelle je travaillais. Je suis persuadé encore aujourd'hui que d'une certaine façon Aphrodite a fait le lien et lui a ouvert le porte en cette période. Une période déjà compliquée de part le contexte sanitaire, mais aussi épuisante émotionnellement et professionnellement puisque je travaillais avec des personnes en situation de handicap et souffrance psychologique et dont il fallait absolument pouvoir maintenir le lien et l’accueil. Qui plus est le décès de cette personne fut aussi brutal qu'imprévu et survenant au début de ce que l'on appelle la période sombre à savoir l'automne-hiver et qui correspond dans la mythologie au deuil et au chagrin de Déméter.
Ce décès fut un véritable coup de massue, puisqu'en plus de mon propre chagrin, choc et deuil il fallait également assumer la responsabilité et se poser en posture d'aidant pour le public que j’accueillais à l'époque marqué eux aussi par son décès, une posture bien difficile à tenir quand on est en train de soi-même s’effondrer...
Son arrivée, celle de ses énergies se sont imposées comme une évidence et de manière aussi puissante que pesante. Il y'avait cette lourdeur, cette peine, le raccourcissement des jours, le froid qui s'installe, la fatigue et en même temps un quelque chose de très maternant, rappelant que ça passerait et que la mort n'était pas la fin. C'était dans l'air, au quotidien et en même temps que ce décès c'était comme se reconnecter aussi à tout ceux qui étaient partis, ancêtres, grands parents, une présence forte et froide, lourde et pourtant douce à la fois, indéniable en quelque sorte... La mort sous tout ses aspects, les cycles et ce qu'ils représentent, en particulier celui des saisons auquel je suis déjà sensible de base.
Cette déesse qui jusqu'à maintenant ne m'avait jamais intéressé plus que ça, dont j'oubliais même l'existence était partout, avec son énergie dense et lourde, un poids qu'on peut presque sentir et dont les signes se multipliaient , dans le concret aussi bien que dans les cartes ou bien les rêves, ça, plus ça, plus ça, plus ça...
J'ai même pensé à Perséphone au début avant de me rendre à l'évidence, il ne s'agissait pas de la fille mais bien de la mère. Une mère qui venait me parler de mort, mais aussi des mes racines, de ma propre famille, d'où je viens, de mon propre rapport à la mère et à mes morts, considérant que je viens d'une famille où la question du lignage féminin est prépondérante depuis plusieurs générations, comme un cycle qui se reproduit à chaque fois c'était troublant... Cette période fut aussi intense, que rapide et brutale, épuisante et pourtant impossible de faire sans ou de concevoir différemment. Aujourd'hui je peux dire qu'elle m'a aidé à surmonter mon deuil, mais aussi ceux que je n'avais pas terminé par le passé... A prendre conscience de ce qui doit s'arrêter aussi, quand la mort est en perspective de manière aussi manifeste, beaucoup de choses que l'on trouvait graves ou inenvisageables deviennent tout de suite beaucoup plus simples dans les choix qui s'imposent, j'ai d'ailleurs fini par quitter ce boulot qui me bouffait depuis des mois parce que c'était la meilleure chose à faire pour moi.
Aujourd'hui je sens clairement le switch de ses énergies aux alentours de septembre et de février, et je les ressens beaucoup plus fortement, elle, comme les morts d'ailleurs pendant cette période sombre où elle s'est présentée la première fois, là où avec l'arrivée du printemps la lourdeur se dissipe petit à petit, la douceur s'installe et se diffuse, partout, dans les plantes, dans la vie qui reprend, de sorte qu'elle en est visible mais en devient presque impalpable tellement sa nature a changée et c'est d'ailleurs beaucoup plus facile pour moi de me connecter à la face "sombre" (façon de parler) de Déméter qu'à sa face "lumineuse", beaucoup plus diffuse et aérienne, moins dans les profondeurs et une lourdeur palpable dans l'air.
Évidemment tout ceci est très personnel et basé sur ma vision et mon ressentie, mais c'est ainsi que je la voie et la ressens, double, l'incarnation même de la notion de cycle, mère et terre, abondance et mort, une dualité qui n'en est pas une, complémentaire et suivant le rythme des saisons à l'image du mythe la concernant.
Si pour beaucoup elle est avant tout une déesse de fertilité et d'abondance, pour moi elle est aussi et surtout une déesse des morts et des profondeurs venant rappeler l'ancien et le laisser partir, une déesse de résilience et d'acceptation, dans le chagrin, dans la peine, une déesse qui nous rappelle d'où l'on vient et que tout vie pour mourir afin que la vie puisse fleurir à nouveau.
