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Sequana, esprit du fleuve, déesse de la Seine

Publié sur Patreon le 24/08/2024

Un article pour vous présenter une déesse celtique gauloise très longtemps oubliée ayant fait couler pas mal d'encre dernièrement de manière complétement inattendue suite à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris. La déesse de la Seine, Sequana.

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Si la polémique vous a échappé, je vais vous la résumer en quelques mots, lors de la cérémonie d'ouverture une cavalière sur un cheval mécanique et dont l'identité était inconnue a remonté le fleuve de la Seine pendant de longues minutes. Suite à cette séquence certains y ont vu une représentation d'un des quatre cavaliers de l’apocalypse : celui de la mort, une interprétation qui s'est rapidement propagée au point que la direction artistique a du prendre la parole pour expliquer cette séquence et l'identité de cette cavalière. Cette cavalière ne serait autre que la déesse celtique gauloise Sequana, déesse de la Seine, nom qui d'ailleurs est hérité de cette dernière.

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Si le cheval n'est pas une caractéristique connue de la déesse d'après les informations dont nous disposons, il aurait ici représenté l'esprit olympique, un esprit de concorde, les JO étant censés incarner un moment de paix et d'union entre les peuples (qui plus est que la cavalière était en charge du drapeau).

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En tout les cas, cet épisode, que la cavalière est représentée réellement Sequana ou non dans l'intention de la direction artistique a fait ressurgir cette figure méconnue du passé et c'est à mon sens une très bonne chose, raison pour laquelle j'ai décidé de revenir en détail sur cette déesse celtique gauloise trop longtemps oubliée.

Une déesse celtique gauloise romanisée

Ex voto - musée archéologique de Dijon

Le nom de cette déesse que nous lui connaissons, Sequana (se prononçant Sekwana) est probablement le nom romanisé de cette divinité. Les celtes n'écrivant pas, il est le seul à nous être parvenu aujourd'hui, même si il est possible que cette version romanisé du nom de la déesse est pour origine certains mots gaulois ou celtes tel que "siat" signifiant pleuvoir ou encore "squan" signifiant tortueux à l'image de ce fleuve de plus de 700km.

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La présence d'une divinité affiliée entièrement à un fleuve n'a rien de surprenant quand on se penche sur les traditions celtiques, les celtes (recoupant plusieurs peuples et aires géographiques) avaient une cosmogonie tournée vers les forces de la nature et la croyances aux esprits de cette dernière, les dieux et déesses faisant partie de ces forces. Qui plus est, nous savons que les cours d'eau, les sources, les fleuves et rivières bénéficiaient en règle générale d'une place très importante dans les croyances, rites et pratiques des peuples celtiques.

Cette tradition lié aux eaux a d'ailleurs été récupérée par le christianisme à des échelles plus ou moins importantes car impossible à endiguer des croyances populaires. Ces sources sacrées aux eaux souvent considérées miraculeuses tel que Lourdes sont un héritage direct de ce monde païen et dont la prégnance est particulièrement palpable, encore aujourd'hui, en Irlande, en écosse ou même en Bretagne.

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La présence de cet esprit du fleuve n'a donc rien de bien surprenant, ce qui l'est plus a été le succès de son effacement de nos mémoires collectives, ne lui laissant plus comme trace que le nom du fleuve lui-même : Seine.

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Il est probable que les celtes ne la nommaient pas réellement et qu'elle été honorée et perçue comme "l'esprit du fleuve" sans appellation spécifique mais que l'implantation romaine après la victoire à Alésia aie créé le nom de Sequana par besoin de nommer un culte et des pratiques très fortes et ancrées aux sources de la Seine. Les vestiges nous indiquent d'ailleurs qu'un gros sanctuaire s'y trouvait, un sanctuaire qui semble dater pour les traces retrouvée de l'époque gallo-romaine, un fait qui tendrait à prouver que cette déesse et les pratiques qui avaient lieu aux sources de la Seine n'avaient rien d'anecdotique puisque que n'étant pas une déesse romaine, la levée d'un sanctuaire en ce lieu tant à prouver une affluence forte de la part des populations gauloises ayant nécessité l'installation d'un sanctuaire.

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Au vu des éléments en notre possession depuis la mise à jour de ce sanctuaire et les fouilles qui y ont été mené, ce dernier semblait administré localement et était entièrement public et accessible à tous. Il aurait existé du premier au quatrième siècle et aurait été un très important lieu de pèlerinage, des milliers d'ex voto y ont été retrouvés ainsi que les restes et traces de son architecture spectaculaire pour l'époque à base de bassins communicants.

C'est d'ailleurs son importance qui explique très probablement la violence qu'il a suscité et la tombée dans l'oublie de Sequana, puisqu'après l'interdiction des cultes païens en 391 le sanctuaire est attaqué et ensevelis sous terre. Un acte d'une rare violence pour une divinité des eaux et des sources affiliée à la guérison.

Déesse de la guérison et des souhaits

Ex voto - musée archéologique de Dijon

L'on pensait que la divinité résidait aux sources du fleuve et que c'était l'une des raisons des propriétés miraculeuses de ses eaux pouvant apporter la guérison. Une donnée que l'on retrouve dans énormément de cultes, croyances et rites associés aux sources et plus généralement à l'eau. Mais les ex voto retrouvés sur place nous indiquent également qu'en plus des fonctions curatives, Sequana possédait un rôle particulier, celui de pouvoir exaucer les souhaits, bien évidemment concernant la guérison, mais pas seulement, d'ailleurs certains ex voto retrouvés sont des remerciements pour le cadeau de la déesse qui aurait répondu à leur vœu.

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Cette fonction très particulière affiliée aux vœux tant à prouver à mon sens (peut-être les recherches permettront de confirmer cette théorie un jour) que Sequana était aussi perçue par les résidents des territoires traversés par son fleuve comme une divinité protectrice, capable de leur apporter bienfaits et bénédictions de par sa présence et le fait de vivre sur les territoires de ce dernier. La quantité d'ex voto tend d'ailleurs bien à montrer qu'il ne s'agissait pas juste d'un culte local, mais probablement de pratiques de pèlerinages touchant tout les territoires traversés par la Seine. Un pèlerinage visant à remonter le fleuve et se rendre à ses sources pour obtenir guérison, réalisation de ses vœux et protection.

 

Cet aspect protecteur et profondément bienfaisant de la divinité qui n'est pas révéré par peur, mais parce qu'elle est considérée comme bénéfique pour les êtres humains et les animaux (plusieurs ex voto concernent des demandes de guérison d'animaux de ferme ou de chevaux) tend à mon sens à vraiment souligner cet aspect protecteur que semblait revêtir la déesse.

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D'ailleurs, il est intéressant de noter que au vu de ses attributions et de son rôle, le fait de l'associer à un cheval remontant avec le drapeau des jeux symbolisant union et concorde entre les peuples parait tout à fait pertinent concernant cette divinité jugée profondément bienfaitrice et bénéfique.

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Il faut d'ailleurs ajouter qu'on été aussi retrouvé lors des fouilles des restes d'instruments indiquant qu'en plus du parcours de pèlerinage au travers des bassins les tenants du sanctuaire semblaient pratiquer des prémices de médecine à l'aide d'outils spécifiques. Le sanctuaire ne semblait donc pas qu'un lieu d'offrande et de prière pour la guérison, mais aussi occuper une fonction de dispensaire public pour ceux qui venaient y chercher la guérison.

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Une fois toutes ces informations réunies, on comprend mieux la violence qui a du s'exercer à l'encontre de ce culte au moment de l'interdiction des rites et pratiques païennes ayant provoqué la tombée dans l'oublie de la déesse.

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Enfin, même si peu d’éléments à ce jour permettent d'affirmer une telle théorie, il est fort probable que le sanctuaire ai aussi accueilli des pratiques oraculaires. Même si peu de choses permettent à l'heure actuelle de l'étayer, le fait d'être face à une divinité/esprit des eaux concorde parfaitement avec cet théorie, l'eau est de très longue date associé à la vision et à la divination et la pratique de l'hydromancie (divination par les eaux) est un art très ancien qui était transmis oralement en transmettant la grille de lecture de l'interprétation des signes, comme pour le vol des oiseaux ou l'observation du ciel.

Une divinité sortie de l'oubli

Sequana - musée archéologique de Dijon

Un des éléments que je trouve passionnant concernant Sequana est son rapport à la mémoire. En effet, comme vu précédemment la divinité a été complétement oubliée à la suite de l'enfouissement de son sanctuaire faisant tomber son nom dans l'oublie pendant presque 2000 ans. Elle n'est quasiment pas mentionnée dans les écrits romains et les celtes ayant une culture de l'oralité il n'y avait évidemment aucune trace de cette dernière, même si j'aime à penser que l'idée d'un esprit du fleuve a pu perdurer après la disparition de son sanctuaire, force est de constater que son nom lui-même a été frappé de Damnatio Memoriae. Et pourtant des siècles plus tard elle refait surface, son nom retrouvant timidement une place grâce aux recherches archéologiques.

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Ce que je trouve également fascinant dans ce rapport à la mémoire qu'elle incarne de par les faits, c'est le révélateur du changement et des bouleversements profonds de nos croyances et de nos sociétés, la disparition d'un rapport animiste considérant possible l'existence d'un esprit du fleuve qui au final ressurgit à l'heure où les crises s'accumulent et où l'urgence écologique fait s'interroger sur notre rapport à notre environnement.

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L'oublie dont elle a été frappé est tout sauf anecdotique, au point où tout commence par la découverte d'une barque en bronze à la fin du 18ème siècle qui fait s'interroger sur l'existence d'un dieu du fleuve (oui un dieu, non une déesse), mais il faut attendre presque 70 ans plus tard pour qu'un travail de recherches et de fouilles soit entrepris à Source-Seine. Ce travail permet alors la mise à jour du sanctuaire et de l'existence de cette déesse à laquelle on rend son nom. Une résurgence timide qui ne fait pas grand bruit ou écho, mais qui continuera tout au long du vingtième siècle avec des fouilles successives permettant de mettre à jour de plus en plus d'éléments, notamment des sculptures la représentant.

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Sortie de l'oublie, elle reste pourtant "anecdotique" et peu de gens la connaissent, même parmi les centaines de milliers de personnes habitant le long du fleuve qui lui doit son nom. Les références dans la culture sont anecdotiques et très peu nombreuses, mais pourtant symboliquement fortes, -notamment en 2023 quand un artiste décide de travailler autour des ex voto du sanctuaire - pour atteindre une espèce d'apogée avec la polémique créée par la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques. Qu'elle soit effectivement représentée de façon choisie par la direction artistique n'est au final pas le plus important, son nom émerge, mais surtout prend place dans un processus qui a mis la Seine au centre de tout et dont malgré la catastrophe écologique que représente l'organisation de tels jeux a aussi vu le début d'un processus de dépollution du fleuve se mettre en place à grande échelle et sur - on l'espère - le long terme.

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A mon sens, que l'intention soit réelle ou pas n'est pas si importante, car concrètement et symboliquement que cela soit par la dépollution ou la place centrale qu'a occupé le fleuve lors de la cérémonie, ces éléments donnent du poids, participent à la renaissance de cette déesse et ce qu'elle incarne. Étant animiste et polythéiste stricte je ne considère pas que Sequana soit un égrégore, mais bien qu'elle est l'esprit ou la déesse de ce fleuve et tout ce qui participe à sa dépollution et sa mise en avant ne peut que lui être bénéfique à elle, à notre environnement et à restaurer notre rapport à ce monde invisible que nos spiritualités incarnent en cherchant de nouveaux modèles de sociétés et d'être au monde.

UPG & pistes de travail

Pour conclure cet article je vous partage des pistes de "travail" issues de mes expérimentations et expériences aux cotés de la déesse Sequana, ces pistes n'ont rien de vérifiés mais si elles vous inspirent elles peuvent participer d'un cheminement ou d'une pratique au coté de cette déesse ou même d'autres esprits ou divinités des eaux.

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Mots clés et ambiance : 

Pollution & dépollution - guérison et maladie (lié à l'état du fleuve) - persistance - résistance face à l'adversité - transmutation par les eaux - résilience - vie - nostalgie - oublie & mémoire - souhaits - protection - territoire - circulation des flux et des énergies - purification - oracles - oralité - apaisement - hydromancie

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Symboles :  

  • l'eau et ses contenants (coupe, verre, jarre etc)

  • barques

  • le bronze (divinité celtique gauloise, l'une des barques retrouvé était d'ailleurs en bronze comme plusieurs ex-voto)

  • effigies des parties du corps pour la guérison (humains ou animaux)

  • baumes, onguents et instruments liés à la médecine

  • tracés sinueux évoquant le fleuve

Animaux : 

  • Le canard semble un animal tout indiqué, puisque l'une des représentations de la déesse la fait se tenir sur une barque dont le fronton est représenté par une tête de canard.

  • Des animaux liés à l'eau douce et à la Seine comme la Grenouille verte, l'anguille, l'ablette, la libellule, le martin pécheur, le héron cendré ou encore le brochet

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Partage d'une de mes prières à Sequana : 

"Damnatio memoriae de presque 2000 années,

Ton nom finalement déterré,

Sequana, Porteuse des souhaits,

Esprit des eaux censées soigner,

Ton fleuve majestueux aujourd'hui empoisonné,

Oubliée, Polluée, Dénaturée, Pillée,

Puisse tes eaux continuer à lutter,

Et les responsables goutter le poison infligé"

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